Chère Europe…

J’aurais tant voulu fermer les yeux sur tes problèmes pour ne faire qu’un éloge de toi.

Oublier les bombes qui ont attaqué ton coeur. Oublier tous ces réfugiés qui meurent à tes

pieds. Mais voilà, je me sens Européenne donc je me sens concernée.



Laura.J

 

 

 

Par Laura Jeannin, Erasmus+

 

Chère Europe,

J’aurais tant voulu fermer les yeux sur tes problèmes pour ne faire qu’un éloge de toi.

Oublier les bombes qui ont attaqué ton coeur. Oublier tous ces réfugiés qui meurent à tes

pieds. Mais voilà, je me sens Européenne donc je me sens concernée.

Je fais partie de la génération Erasmus, celle qui étudie à l’étranger, qui apprend plusieurs

langues, qui s’ouvre sur d’autres cultures. Je fais partie de ceux qui peuvent voyager

seulement avec une carte d’identité. On m’a appris que les échanges étaient importants, la

mobilité la clé de la réussite, et l’intégration fondamentale. Aujourd’hui, je ne reconnais plus

tous ces gens qui manifestent dans la rue pour renvoyer les migrants chez eux. Ils se sentent

sans doute menacés, peut-être submergés mais pourquoi se tourner vers les partis racistes

d’extrême droite ?

Europe, je sais que tu ne maîtrises plus vraiment ta communauté qui se déchire. Certains

ferment leurs frontières renonçant à l’un des principes clé : l’espace Schengen. On passe des

accords avec la Turquie traitant tous ces malheureux comme du bétail que l’on troque

contre quelques avantages. L’ONU s’indigne mais ne fait rien. Je m’indigne aussi mais me

sens impuissante. Evidemment, la situation est en réalité plus compliquée: les migrants sont

difficiles à gérer et les pays manquent d’infrastructures et d’administrations nécessaires

pour accueillir tout le monde.

Je sais à quel point tu doutes, Europe. On veut en plus t’amputer d’un de tes membres, le

Royaume-Uni, mais si cela entraînait une contagion ? Comment rester fort devant une telle

division ? devant tous ces pays sans gouvernement comme l’Espagne ou l’Irlande ? devant

tous ces référendums d’indépendance en Catalogne ou en Ecosse ? Pourtant, grâce à la

mondialisation, nous n’avons jamais été aussi connectés. Malheureusement, c’est le

terrorisme qui a mis en lumière notre dépendance les uns des autres et la nécessité d’une

coopération afin de lutter pour notre sécurité.

Mais je sais ce que tu vas me dire, ma chère Europe. Tu as regardé au-delà de la

Méditerranée et tu as vu pire. Tu as vu des pays où des attentats arrivent tous les jours, où

des dictateurs continuent de sévir, où des populations entières meurent de faim. Tu as vu

des Américains bombarder des jihadistes avec plus ou moins de précision. Tu as vu des

Russes soutenir un Bachar el-Assad controversé. Puis vers l’Asie : une Chine qui ralentit peu

à peu, une Corée du Nord inquiétante. Et en Amérique du Sud, tu verras Zika et tu pousseras

un soupir de soulagement en te disant qu’au fond tu as de la chance. Tes habitants vivent

plutôt correctement et même si tu n’es pas parfaite, au moins tu essaies de créer une

cohésion entre vingt-huit pays différents, avec presque autant de langues.

Je dois bien l’avouer, j’ai un peu peur pour toi mais quand je regarde tous ces Erasmus qui

balbutient dans une langue qui n’est pas la leur et qui s’amusent ensemble comme si les

frontières n’existaient pas, je me dis que tout n’est pas perdu.